Des robots et des talents : entretien avec Guy Caverot

Passionnés par le recrutement et l’industrie 4.0, nous savons que, derrière les robots, se cachent des hommes et des femmes, des talents à qui nous avons souhaité donner la parole. Pour ce troisième entretien, nous avons rencontré Guy Caverot, expert en innovation robotique, qui partage un regard complet sur l’industrie 4.0. 

Guy Caverot commence notre entretien en posant le cadre, il rappelle les composantes de l’industrie 4.0, clairement définie par neuf sujets distincts. 

L’IoT (Internet of Thingsou Internet des objets, fait référence à l’interconnexion entre Internet et les objets, lieux et environnements physiques. Il s’agit d’un ensemble constitué d’applications d’identification, de moyens d’identification (radio, optique, etc.), de logiciels de traitement et d’interfaces afin de répondre à des besoins spécifiques dans l’industrie ou la logistique. Pour Guy Caverot, les technologies mobilisées ne sont  pas vraiment récentes puisqu’elles existent dans l’industrie depuis au moins 25 ans. A titre d’exemple, en 1999, dans le domaine pharmaceutique, on identifiait déjà l’ensemble des boites avec un système communicant. Les objets communiquent donc depuis bien longtemps avec les systèmes d’information. L’industrie 4.0 fait davantage référence à l’utilisation de techniques de communication (la 5G par exemple) et de traitement pour accélérer cette communication entre objets et applications, notamment en termes de localisation et d’identification des produits.  

L’intégration des systèmes désigne le processus qui garantit que les machines et les appareils IoT coopèrent harmonieusement. Un des enjeux de l’industrie 4.0 est de faire en sorte que les différentes machines communiquent entre elles, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui. A titre d’exemple, dans le domaine de la robotique mobile où travaillait Guy Caverot, les robots dialoguent avec un superviseur informatique.  « Dans ce type d’intégration de systèmes, plus de la moitié du temps de développement informatique est liée à l’intégration des systèmes informatiques dans un environnement existant. C’est un vrai sujet de l’industrie 4.0, être en mesure de connecter les différents éléments. » 

La simulation, elle, existe depuis très longtemps mais est de plus en plus prégnante. On en utilise dans tous les domaines. La simulation associée à l’industrie 4.0, c’est principalement ce que l’on appelle le jumeau numérique, une simulation dans laquelle les « moteurs » de simulation sont les vrais « moteurs » qui font tourner l’usine. C’est un domaine qui se développe fortement. « Hier, j’étais dans une jeune PME nantaise de 35 personnes qui conçoit des cobots mobiles. Dans cette petite entreprise, deux personnes font de la simulation. » L’intérêt de cette pratique est qu’elle permet de minimiser les risques dans les phases commerciales et elle garantit au client final que le résultat proposé sera le résultat réalisé.  

Ensuite, un domaine essentiel de l’industrie 4.0 concerne l’analyse du big data grâce à l’intelligence artificielle, aux algorithmes d’optimisation, etc. « C’est un domaine qui va incontestablement continuer à se développer, mais que je ne connais pas très bien. » nous indique Guy Caverot.  

La réalité augmentée fait également partie des sujets de l’industrie 4.0 qui, petit à petit, se développent dans l’industrie. De nombreuses applications sont produites, notamment dans l’assemblage, comme on peut le voir chez Airbus ou chez General Electric. « C’est un sujet sur lequel a travaillé l’IRT Jules Verne. » Cette avancée technologique ouvre de très larges perspectives dans la préparation des démarrages d’usines, ou dans la conception et le maintien des conditions opérationnelles (MCO) notamment. 

Le sujet suivant est l’impression 3D, qui était attendue comme étant révolutionnaire. « Là où on va l’utiliser, cela va apporter énormément, mais la fabrication de produits en série telle qu’on l’imaginait grâce à l’impression 3D n’est pas encore une réalité. » Selon Guy Caverot, à l’heure actuelle, on s’oriente plutôt vers de la fabrication « hybride » : on prend un composant sur lequel on vient mettre du 3D. Par exemple, on fabrique un châssis d’une voiture et on vient imprimer en 3D les renforts.  

Le cloud computing désigne l’accès à des services informatiques grâce à Internet. On voit par exemple de plus en plus de superviseurs d’usine externalisés. La connexion des sites entre eux, la gestion de volumes de données importants (le fameux “Big Data”), ouvrent de nouvelles perspectives dans le pilotage de production à délai court, ou la prise en main à distance pour des opérations de maintenance par exemple. Néanmoins, la sécurité est un enjeu très important et plusieurs attaques d’usines en ont déjà illustré les dangers. 

La Cybersécuritéjustement, désigne la protection des systèmes et des réseaux contre les attaques malveillantes. Un sujet de plus en plus important face à l’utilisation croissante des technologies liées à l’industrie 4.0, citées précédemment. Guy Caverot prend l’exemple d’une entreprise pour laquelle il a travaillé, qui avait fait l’objet d’attaques par des hackers pour détourner une navette robotisée. « Pour pallier ce problème, les industriels utilisent des moyens plus robustes, comme la communication filaire. Les entreprises doivent rester vigilantes ». 

Enfin, les robots autonomes sont le dernier sujet de l’industrie 4.0, un sujet sur lequel nous allons davantage nous concentrer pour la suite de cet article de notre série « Des robots et des talents ».  

Guy Caverot nous fait remarquer qu’il y a cinq ans, il n’y avait quasiment aucun robot mobile dans la grande distribution alors qu’aujourd’hui, tous les acteurs commencent à en intégrer. Pourtant, en 2013, certaines industries étaient déjà entièrement automatisées. Il prend l’exemple de l’industrie du fromage où l’ensemble du processus de fabrication est automatisé dans de nombreuses usines. Les quelques personnes en charge de la production s’occupent de l’exploitation et de la maintenance des machines. D’autres usines, dans la fabrication des chips par exemple, fonctionnent de la même façon. On communique finalement peu sur ces usines automatisées.  

Les robots mobiles détruisent-ils des emplois ? 

Grâce aux robots mobiles et à l’informatique, tout fonctionne théoriquement sans problème et sans intervention humaine 24 heures sur 24. « Même les batteries sont changées automatiquement. » Bien que ces appareils nécessitent de la maintenance, selon Guy Caverot, plus que la maintenance, ce sont les fabricants de ces machines et les intégrateurs qui vont créer de l’emploi. « Aujourd’hui, un industriel va chercher à automatiser, comme il le fait depuis toujours pour être le plus performant possible. Quand il va investir 500 000 euros dans de l’automatisationc’est dans une logique de développement d’activité en exploitant moins de ressources humaines. » La robotisation a donc un impact sur l’emploi. 

Au-delà des entreprises qui réduisent la robotique à une occasion de supprimer des postes, l’intégration de la robotique peut certes déclencher des suppressions d’emplois mais également en créer de façon indirecte grâce aux emplois induits chez les constructeurs de robots, chez les intégrateurs ou dans les équipes de maintenance. De même, on peut penser que la réindustrialisation de nos territoires et la relocalisation de certains emplois, grâce aux gains de productivité induits par la robotisation, pourraient compenser les emplois directs détruits. La robotisation de l’industrie (et de la logistique) génère un transfert d’emplois des industries de fabrication de biens vers les industries de conception, fabrication, installation et maintenance d’équipements. Les emplois créés sont, en général, plus qualifiés que les emplois détruits. 

Un juste équilibre entre robots et humains 

Ainsi, d’autres voies sont envisageables. A l’instar du « Made in France » pour lequel beaucoup de personnes sont prêtes à payer plus cher, on pourrait voir arriver une déclinaison telle que « Made by Humans ». « C’est peut-être une piste, tout comme la relocalisation d’un certain nombre d’emplois qui n’existent plus en France parce qu’on fabrique à l’étranger. » Un équilibre pourrait être trouvé.  

De la même manière, une répartition intelligente entre des tâches faites par les robots et d’autres par les hommes semble se dessiner. Guy Caverot prend l’exemple de la tendance des grands pâtissiers à utiliser des robots. « Un pâtissier a une véritable valeur ajoutée à faire sa crème, mais pour tremper 3 000 berlingots dans la crème, un robot peut être très utile. » En matière d’industrie 4.0, le bon diagnostic des tâches doit permettre la juste automatisation. Il cite l’exemple d’une grande papeterie française pour laquelle il a installé une quinzaine de robots pour remplacer 20 salariés. Après deux années de fonctionnement, le client a fait marche arrière pour certaines activités qui demandaient trop de complexité robotique pour peu de rendement et a focalisé l’automatisation sur le cœur de ses besoins logistiques. Dans le même temps, la production de cette papeterie par l’intégration des robots avait bondi de 15 % et a permis l’embauche de plus de 50 personnes. 

La juste répartition des tâches entre humains et robots, la réindustrialisation de certaines productions aujourd’hui délocalisées, et les emplois induits par l’industrie des robots eux-mêmes, pourraient donc aboutir à un solde de création d’emploi positif dans nos territoires. Les différentes études ne sont pas aujourd’hui convergentes sur ce sujet.  

Pour peu qu’on trouve les bonnes compétences… 

Un enjeu majeur : la formation  

Guy Caverot nous indique « Nous sommes directement impliqués dans la formation au travers de l’encadrement de thèses de doctorat en écoles d’ingénieurs. »  Il travaille également avec l’IUT de Rennes (Université de Rennes 1) et enseigne dans dix écoles d’ingénieurs en France chaque année. « La vraie difficulté, ce n’est plus la technologie mais la gestion, la performance et surtout, l’être humain. Certains pensent gérer l’humain comme les technologies mais ça ne fonctionne pas ».  

Guy Caverot a tout de même un regard très optimiste sur l’avenir de l’industrie française grâce aux nouvelles générations. Selon lui, les étudiants s’intéressent aujourd’hui à des choses qui ont du sens et qui sont constructives. « Je suis confiant pour l’avenir, parce que les jeunes qu’on forme aujourd’hui réfléchissent certainement plus de façon globale. » Nous constatons effectivement au quotidien, dans le cadre de notre activité de recrutement, que la question du sens fait partie intégrante des motivations des candidat·e·s que nous rencontrons. 

Bien que la plupart des formations s’attachent à adapter leurs contenus en permanence, ce qui fonctionne très bien, Guy Caverot regrette que certaines formations se déconnectent du besoin réel, du terrain en raison, notamment, de la diminution des heures de travaux pratiques.  

Un écosystème riche dans l’Ouest  

Par ailleurs, Guy Caverot insiste sur le fait que « Les écosystèmes de recherche sont très riches dans l’Ouest. C’est impressionnant. ». Il mentionne notamment les onze écoles d’ingénieur (Centrale Nantes, l’ICAM, l’ENSAM, l’IMT, etc.) et de bonnes formations techniques comme les IUT de Nantes et de Rennes : tous ces établissements nourrissent l’écosystème technologique. L’Ouest s’est imposé comme un pôle d’attraction : non loin de Paris et de la mer, on y trouve une richesse industrielle, un ensemble de grands groupes, d’ETI parfois champions internationaux, et de PMI (Airbus, Les Chantiers de l’Atlantique, de nombreuses sociétés de l’agro-alimentaire et de l’informatique, etc.). Guy Caverot se réjouit : « Il y a des gens de la côte ouest des États-Unis qui s’installent à Nantes désormais, c’est un bon signe pour l’avenir ! » 

Des start-ups aux leaders mondiaux, en passant par les intégrateurs, le tissu industriel du Grand Ouest est riche en termes de robotique et est particulièrement impliqué dans la dynamique #industrie40, #industriedufutur, #frenchfab.  

C’est l’association de tous les sujets que nous avons évoqués ici qui forme la nouvelle dynamique appelée “industrie 4.0”. Nous aurons l’occasion de revenir, dans nos prochains articles, sur l’importance de la robotique dans les enjeux de l’industrie de nos territoires.  

Un grand merci à Guy Caverot pour le partage de cette expérience et rendez-vous dans quelques semaines pour notre prochaine publication “Des robots et des talents”. N’hésitez pas à nous suivre sur Linkedin pour être tenu informé.   

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Des robots et des talents : entretien avec Guy Caverot